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« Le mécénat, un levier de réconciliation sociétale »
Yann Queinnec, délégué général d’Admical, nous parle du rôle essentiel des mécènes dans la vitalité des territoires.
Qu’est-ce qui motive généralement les entreprises à s’engager dans une démarche de mécénat ?
Nous interrogeons régulièrement les entreprises pour savoir pourquoi elles se sont lancées dans le mécénat. Elles formulent deux réponses. D’une part, c’est un engagement qui leur permet d’exprimer et d’incarner leurs propres valeurs. Ce type d’objectif arrive toujours en tête des motivations, bien que son poids ait baissé dans la période récente. D’autre part, elles entendent démontrer leur ancrage territorial. Cet item, lui, est en forte hausse. Il s’agit pour les entreprises mécènes de participer au rayonnement, à l’attractivité et à la cohésion du territoire en soutenant des acteurs agissant pour l’intérêt général. Il faut savoir que 88 % du mécénat d’entreprise s’exerce à l’échelle régionale. Typiquement, le mécénat est une manière très appréciable d’entretenir des relations avec toutes les parties prenantes au niveau local. Quelle que soit la taille de la société qui s’engage, elle va rencontrer le monde associatif et les élus locaux. Cela constitue un trio gagnant qui partage, pour un même lieu, les mêmes objectifs de prospérité.
Comment se répartissent les actions de mécénat en France selon les différents domaines d’intervention ?
remière cause soutenue est toujours la culture, suivie par l’insertion sociale et par l’éducation. Ce classement est figé mais il a connu une exception notable en 2024, quand le sport est passé en tête : c’était un effet des Jeux Olympiques de Paris. Pour le reste, les domaines d’intérêt général sont extraordinairement divers. Cela va de l’environnement à l’éducation, en passant par la santé ou le sport… Impossible de les citer tous. S’agissant des modalités d’intervention, il en existe trois grands types. D’abord, le mécénat financier, via des dons aux associations. Le montant de don moyen pour une TPE est de 1 000 euros par an, quand une PME verse 5 000 euros par an et une ETI, 50 000 euros par an. Ensuite, il existe un mécénat en nature qui consiste, par exemple, à mettre à disposition des locaux ou à donner un véhicule. Enfin, le mécénat de compétences permet à des associations de bénéficier de l’aide ponctuelle de salariés de l’entreprise mécène, qui vont consacrer une partie de leur temps de travail à une cause d’intérêt général. Aujourd’hui, seules 16 % des entreprises mécènes proposent cette modalité. Cette relative faiblesse s’explique par une part de méconnaissance et une forme d’appréhension technique ou juridique. Chez Admical, nous nous attachons à lever ces freins.
Quel rôle le mécénat joue-t-il dans la création de lien social ?
En soutenant un club sportif où les gens partagent leur passion, en finançant un festival où le public ressent les mêmes émotions, en permettant la mise en place de solutions de transport pour des personnes âgées isolées, les entreprises mécènes solidifient la cohésion sociale au niveau local. De cette manière, en France, le mécénat d’entreprise s’inscrit profondément dans l’histoire et les valeurs du pays, où la solidarité n’est pas un vain mot. Le montant consacré au mécénat par les entreprises approche un total de 4 milliards d’euros par an et le montant des dons des particuliers à des organismes d’intérêt général représente, lui, 5 milliards d’euros. C’est une singularité nationale, encouragée par un dispositif juridique et fiscal approprié. Dans les autres pays, c’est surtout la générosité des particuliers qui soutient le monde associatif.
Les entreprises comme les Banques Populaires, implantées partout en France, jouent-elles un rôle dans la vitalité des territoires ?
Chacune des Banques Populaires régionales contribue à sa manière à créer du lien social et de la cohésion dans les territoires, selon des axes de mécénat qu’elle a choisis. Je relève qu’au niveau national, la stratégie de mécénat des Banques Populaires compte parmi les plus poussées et les plus innovantes. Elles parviennent à soutenir des domaines peu couverts comme l’artisanat d’art, tout en articulant celui-ci avec les enjeux liés au handicap. C’est un travail très élaboré. Il correspond à une tendance de fond du mécénat : imbriquer les causes avec la culture. Dénominateur commun, la culture permet de toucher tous les sujets d’intérêt général.
Quelles sont les grandes réussites du mécénat en France ?
En France, seules 9 % des entreprises font du mécénat, soit, tout de même, plus de 200 000 sociétés engagées. 97 % d’entre elles sont des PME et TPE. Mais quand elles commencent à s’investir dans la démarche, on ne les arrête plus ! Elles y sont et y restent, car leur engagement suscite une immense fierté dans les équipes, à travers un sentiment de partage, d’utilité et d’appartenance très fort. Et les entreprises mécènes mobilisent de plus en plus souvent leurs salariés, voire leurs clients, pour coconstruire la stratégie de mécénat, pour choisir les associations bénéficiaires… Quand les impacts sont mesurables, visibles et concrets à l’échelle locale, c’est une immense satisfaction collective.
Le handisport a besoin de modèles. Vous sentez-vous l’âme d’une ambassadrice ?
Il faut des modèles, oui ! C’est mon objectif à terme, je le fais déjà en partageant mon parcours, en racontant ma vie sportive et extra‑sportive. Il est important que les personnes qui deviennent handicapées puissent voir que d’autres avant elles ont réussi à mener un projet personnel ambitieux. Ce message s’adresse aussi aux parents dont l’enfant naît handicapé et qui sont souvent désemparés. Moi, quand j’ai eu mon accident, j’ignorais tout du handisport. Mais pour devenir une ambassadrice, il faudra continuer à avoir de bonnes performances en compétitions, évidemment !