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« Rendre visibles les entrepreneuses au sein de la société »
Marie Rachedi, directrice de la communication du Réseau Entreprendre®, nous éclaire sur l’importance de soutenir et d’encourager les femmes qui entreprennent.
Est-il plus difficile de créer une entreprise lorsqu’on est une femme ?
La réponse à cette question peut surprendre mais rien ne démontre formellement qu’il serait plus difficile de créer ou de reprendre une entreprise quand on est une femme. Aucune statistique officielle ne permet de le dire. Par exemple, l’accès au financement est le même, les parcours sont comparables, de l’idée jusqu’au lancement. On trouve aujourd’hui des cheffes d’entreprise dans tous les secteurs, y compris l’industrie, qui est souvent perçue comme un domaine très masculin. Et il existe des aides spécifiques, des accompagnements dédiés aux femmes. Cependant, on constate que les femmes sont globalement moins nombreuses que les hommes à diriger une entreprise. Chez Réseau Entreprendre®, nous avons « seulement » 30% d’entrepreneuses-lauréates.
Quels sont les freins ?
Ce sont ceux que l’on observe dans tous les domaines. Elles manquent de confiance en elles, elles osent moins se mettre en avant. Elles se posent davantage de questions que les hommes, notamment sur l’équilibre entre leur vie privée et leur travail. Elles sont encore victimes de stéréotypes pesants de la société et de l’entourage.
Comment cela se traduit-il au moment de créer une entreprise ?
Nous avons mené une enquête en 2024 avec Grenoble École de management. Cette étude a fait apparaître que les entrepreneuses disposent, au moment de fonder leur société, d’un montant de capital souvent inférieur à celui des hommes. Il est de 15000 euros en moyenne. Cela s’explique par leur prudence. Elles ne sollicitent pas autant de fonds que les hommes. Par manque de confiance et du fait d’une gestion « en bonne mère de famille », elles affichent des ambitions moins élevées que les hommes.
Les performances sont-elles différentes, au bout du compte ?
Oui, dans le bon sens. Il arrive que les femmes enregistrent des résultats supérieurs à ceux prévus dans leur business plan parce qu’elles ont sous-estimé leurs capacités de réussite. Les hommes, eux, vont montrer davantage d’ambitions mais ils peuvent obtenir des résultats moins performants. J’aime bien dire qu’elles gèrent leur entreprise « en bonne mère de famille ». Par ailleurs, elles n’entretiennent pas les mêmes relations avec leurs équipes. Les femmes sont davantage à l’écoute et dans le dialogue, quand les hommes pilotent plutôt seuls. Elles embarquent les salariés différemment, dans une ambiance et avec un engagement plus inclusifs. On perçoit aussi ce phénomène chez les jeunes entrepreneurs, hommes ou femmes. Les nouvelles générations sont très ouvertes aux entreprises à mission, prêtes à donner du sens et à embrasser un modèle plus coopératif. Les choses évoluent.
Comment aider, encourager et soutenir les femmes qui entreprennent ?
L’enjeu est de leur faire prendre conscience de leurs capacités, quand elles ne se sentent pas légitimes à diriger. J’insiste, le poids des stéréotypes et des préjugés reste fort, on les renvoie souvent à la question des enfants… Mais quand on a vingt ans d’expérience dans un secteur et que l’on veut créer sa boîte, on est légitime. Lorsqu’on fait des bilans avec les porteuses de projet, elles réalisent qu’elles ont un fort potentiel de réussite. Ensuite, il faut créer un environnement favorable, pour qu’elles se sentent à l’aise avec l’accompagnement.
Quelles sont les actions mises en œuvre par les structures comme la vôtre ?
On peut mener des actions de sensibilisation afin que toutes les parties prenantes soient conscientes des enjeux. En 2017, nous avons créé le module d’expertise Wom’Energy, avec un kit qui évoque les stéréotypes et invite à les combattre avec pour objectif de sensibiliser nos membres. En outre, nous pouvons demander aux porteuses de projet si elles préfèrent être suivies par une femme. Le dispositif ne devrait pas être genré, dans un monde idéal, mais nous voulons lever tous les freins. Il s’agit aussi de rendre les entrepreneuses plus visibles au sein de la société.
Parce que les femmes créatrices d’entreprise peuvent représenter des modèles pour les autres.
Bien sûr. Nous diffusons des portraits dans lesquels les dirigeantes témoignent de leurs expériences. On leur donne la parole pour inspirer les autres. Elles osent, elles réussissent, elles créent des emplois. Cela doit rassurer celles qui hésitent à se lancer. Je fais un parallèle avec le sport. Tant qu’on ne le voit pas, on ne peut pas se dire « moi aussi, je veux le faire ». Mais les modèles existent et il faut les valoriser au maximum.
Banque Populaire soutient également l’entrepreneuriat féminin en insistant sur la visibilité. Est-ce la bonne voie ?
Il y a beaucoup de progrès dans le système bancaire. La mise en lumière des cheffes d’entreprise, notamment à travers les prix, est effectivement une bonne chose. Les banques dans leur ensemble doivent être sensibilisées aux enjeux, et cela se traduira à terme par des investissements en prêts plus élevés.