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« Préparer l’avenir en revisitant les usages de l’eau »
Olivier Jossot, nous explique les enjeux liés à la préservation des écosystèmes et leur importance.
Quel est l’état de la ressource en eau en France aujourd’hui ?
La situation est préoccupante. À l’horizon 2050‑2100 c’est un déficit d’eau qui menace tous les usages et la biodiversité. D’une part, le dérèglement climatique engendre une baisse de la ressource, conséquence de la baisse de la pluviométrie dans certaines régions, d’autre part, les usages ne sont pas assez sobres pour être compatibles avec la trajectoire de baisse de la ressource. S’agissant de la qualité de l’eau, dont le suivi ne fait pas partie de nos missions, nous observons dans les nappes et les rivières, la présence de polluants que personne ne sait traiter. En gérant 6 700 km de canaux et cours d’eau à travers la France et en supervisant les volumes prélevés et restitués au milieu naturel, Voies Navigables de France mesure quotidiennement l’ampleur de ces défis.
Sur quels leviers agir pour éviter les pénuries ?
Selon les projections des experts, l’action nécessaire pour préserver l’équilibre entre les ressources et les besoins : c’est celui de la sobriété. Le gouvernement en a fait le premier axe du Plan Eau, qui vise une baisse de 10 % des prélèvements d’ici à 2030. Cette mesure doit toutefois s’accompagner d’un changement de pratiques sur tous les usages particuliers, les industriels, les agriculteurs pour garantir ceux qui sont essentiels. À l’échelle domestique, plus on connait ses postes de consommation, mieux on peut agir. Dans l’industrie, beaucoup d’efforts ont été faits sachant que les besoins évoluent sans cesse. Dans l’agriculture, cela dépend de l’activité agricole, du choix des cultures, de la manière de cultiver les sols. Les exploitations qui ont des productions diversifiées avec des cultures adaptées au climat sont plus sobres que la moyenne. D’autres devront être aidées pour s’adapter.
Quel est le lien avec l’économie des territoires ?
Il est direct. Si l’on ne peut plus donner à une entreprise l’autorisation de prélever de l’eau dans un canal, par exemple, alors il faut trouver une alternative. S’il n’y en a pas, l’activité est en péril. En hiver, nous ne sommes globalement pas en risque. La période estivale concentre les difficultés, notamment pour l’agriculture. Il existe aussi un lien indirect entre l’état de la ressource et l’économie locale. Si la sécheresse frappe les sols d’une région, plusieurs années de suite, si les incendies détruisent le couvert végétal, si les paysages changent, alors la nature sera durablement modifiée et les conditions de vie humaine également. Il ne serait pas illogique d’observer des déménagements, des modifications des activités touristiques… C’est toute la vie locale qui peut être bouleversée.
La collaboration entre les acteurs locaux est-elle essentielle ?
Les débats sur la gouvernance de l’eau au niveau local sont parfois intenses. Mais nous pouvons nous féliciter d’avoir en France le meilleur modèle d’Europe en la matière, car les discussions ont lieu à hauteur des enjeux et à différents niveaux (local, par bassin versant, national). Dans le dispositif de concertation en vigueur, tout est pris en compte : les besoins de chaque secteur, les écosystèmes, les consommateurs… En période de crise, ce sont les préfets qui coordonnent avec les services de l’état la gestion de la ressource avec différents niveaux d’alerte, de la vigilance à la crise, et in fine arbitrent l’allocation des ressources. Au niveau national, les actions sont davantage transversales. Il s’agit d’encourager à la sobriété, d’aider les collectivités à améliorer le rendement de leurs réseaux d’eau, d’améliorer la connaissance par l’instrumentation et la recherche…
Comment les Voies navigables de France sont-elles impactées par le dérèglement climatique ? Dans le cadre de la transition, quel est leur rôle ?
Le risque est de manquer d’eau, pour les différents services que rendent les canaux (transport d’eau, prélèvement d’eau des tiers, navigation, développement d’activité économiques autour des voies d’eau). Lorsqu’une sécheresse s’annonce, nous l’anticipons grâce à nos suivis et nos outils de prévision. Des actions sont prises pour limiter les prélèvements : la hauteur d’eau dans les canaux est réduite, on informe les usagers, on regroupe les passages aux écluses, on s’organise avec les services préfectoraux. C’est une bonne illustration de la manière dont l’eau est gérée dans notre pays. En tant qu’opérateur de l’État, nous discutons beaucoup avec les acteurs de l’eau et les usagers. Il s’agit d’être capable de répondre aux crises en anticipant un maximum les actions possibles et de préparer l’avenir en modernisant l’infrastructure et en revisitant les usages de l’eau et les méthodes.
Dans ce cadre, comment définissez-vous votre partenariat avec Banques Populaires ?
Voies navigables de France a créé, sous l’égide de la Fondation du patrimoine, la fondation Terres d’eau. C’est la première fondation consacrée à la protection de la biodiversité et du patrimoine des fleuves, canaux et rivières. Les Banques Populaires font partie des mécènes fondateurs. L’intérêt pour nous est de partager les bonnes pratiques et d’avoir un retour d’expériences avec Banque Populaire qui agit au contact des territoires. L’écosystème créé entre les scientifiques, les opérateurs et la banque est très positif.