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Philippe Hersant et les jeunes artistes de la Fondation Banque Populaire

Le 9 novembre 2015, par Christophe Dilys

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Philippe Hersant avec deux lauréats : Vincent Lhermet, accordéoniste, et Tomas Bordalejo, compositeur. Crédits : © SudVidéo.


Compositeur, Philippe Hersant est aussi le président du jury musique de la Fondation Banque Populaire. Lauréat du Prix de Rome, plusieurs fois primé aux Victoires de la Musique Classique, ancien producteur à France Musique, il a accepté de rencontrer Classicagenda pour discuter du monde musical d’aujourd’hui, de musique contemporaine, du processus de sélection des lauréats de la Fondation, et de l’avenir des jeunes interprètes que la Fondation soutient.

Parlons un peu de la Fondation Banque Populaire. Vous étiez là dès le début ?
Non, elle existe depuis vingt ans, mais je suis arrivé comme membre du jury musique en 2002, quand Marielle Nordmann était présidente du jury. Il y a quelques années, elle a souhaité se consacrer aux Musicales de Bagatelle, et la Fondation m’a demandé de prendre la suite.

C’est un modèle unique en Europe, ou quasiment… Cela doit attirer beaucoup ?
On a tellement de demandes, on est presque victimes de notre succès ! On accueille des gens de toutes les nationalités, qui vivent en France mais qui sont parfois venus pour nous. On a tout de même une limite financière, mais dans le même temps, il y a de plus en plus d’instruments qui s’inscrivent : au début, il n’y avait que piano, violon et violoncelle, mais maintenant il y a même des tubistes, des percussionnistes…

Et le niveau technique augmente, non ? Les morceaux de concours de sortie du CNSM sont devenus les morceaux de concours d’entrée, dit-on…
Oui, le niveau a incroyablement monté, depuis que j’ai fait mes études au Conservatoire. La première fois que j’ai participé au jury, j’étais extrêmement impressionné, et je voulais les prendre tous ! Mais ce n’est évidemment pas possible, alors on est de plus en plus exigeants, on essaie vraiment de prendre ceux qui ont quelque chose en plus.

Vous pensez que le niveau technique a augmenté proportionnellement à la sensibilité ?
Non, pas forcément. Il y en a qui ont un niveau technique époustouflant, mais au bout de dix secondes d’écoute, je commence à penser à ce que je dois faire le lendemain : ce n’est pas bon signe. De toute façon, à partir du moment où le niveau technique est très fort pour tout le monde, on ne se laisse plus bluffer par ça : c’est considéré comme la base !

Mais certains candidats vous emmènent parfois très loin, musicalement parlant ?
C’est arrivé que l’on prenne des gens comme ça. Il y a des moments extraordinaires, parfois, où l’on plane complètement ! Quand Edgar Moreau est passé avec l’Adagio de la sonate de Rachmaninov, on planait tous… Je crois même que je ne l’ai jamais entendu jouer aussi bien depuis : il était en état de grâce. On a eu un pianiste roumain récemment, Sebastian Ene, qui avait un besoin absolu d’être pris pour subvenir à ses besoins financiers, et il jouait sa vie ! Il a fait quelque chose de prodigieux. On ne s’est pas concertés et on l’a pris à l’unanimité.

Qu’en est-il des compositeurs ? Vous en avez aussi, puisque Rodolphe Bruneau-Boulmier a été primé l’an dernier…
On en a de plus en plus, et j’en suis très heureux. Avant, on les traitait un peu à la va-vite, en fin de session, et il n’y en avait pas beaucoup, ou alors on recevait des demandes assez peu sérieuses, nettement plus faibles que le niveau des instrumentistes. On a presque explosé l’an dernier tellement il y avait de demandes – et des gens plutôt brillants, comme Rodolphe !

Mais alors, comment jugez-vous les compositeurs ?
C’est encore plus difficile que pour les interprètes. Pour mes collègues, cela peut se résumer à « j’aime » ou « j’aime pas » qui est évidemment un critère essentiel. Moi, j’essaie de juger le métier : de différencier ceux qui ont quelque chose à dire mais qui n’ont pas les moyens techniques de le dire bien, et ceux qui ont du métier mais qui disent des choses qui ont déjà été dites et redites… Repérer quelqu’un en écoutant deux ou trois œuvres, et en se projetant un peu, ce n’est pas du tout évident. Je leur aurais fait écouter ce que j’écrivais à 22 ans, je n’aurais pas eu de bonnes notes !

Un mot pour les jeunes musiciens ?
Je suis très optimiste pour le milieu. Évidemment, un certain nombre d’entre eux vont trimer pour trouver du boulot, mais il ne faut pas les décourager. C’est une question d’envie, de besoin intérieur, qui peut prendre toutes les formes. Entre 25 et 30 ans, c’est invraisemblable que je n’ai pas abandonné la musique, je n’écrivais plus une note. J’étais théoriquement perdu pour ça, alors qu’à 5 ans j’étais sûr de vouloir être compositeur ! Et puis à 30 ans, c’est revenu. Mes condisciples de la classe de Jolivet étaient plus doués, plus sûrs d’eux, et pourtant je suis le seul à continuer à écrire aujourd’hui. Mais ils ne sont pas perdus pour autant : l’un est directeur de conservatoire, l’autre est pianiste de jazz, un troisième s’occupe de contrepoint Renaissance… Cela reste là, toujours, quoi qu’on fasse. Je ne découragerai jamais quelqu’un qui a envie.

C’est vrai qu’on est souvent obligé de repenser son métier, de le réinventer, ou au moins de trouver de nouvelles façons de jouer, de monter des projets…
Beaucoup créent des festivals, ce qui est très bien ! C’est une façon de créer quelque chose de nouveau. C’est de plus en plus difficile de mener une carrière d’instrumentiste en pantouflant dans un orchestre ; il faut se battre, avoir des idées… Ça rend le métier plus passionnant, c’est une saine évolution. D’ailleurs, j’aime mieux travailler avec les ensembles baroques qu’avec les orchestres ! Ils cherchent du répertoire, des manières d’interpréter… Dans les orchestres, on a le répertoire, les habitudes, les coups d’archet. Évidemment, ils ne sont pas tous comme ça : on trouve dans les orchestres des gens formidables qui font plein de choses et qui ne se contentent pas de l’orchestre, ni même des joies que cela offre. Mais de manière générale, on voit que ceux qui s’en tirent le mieux, parmi les lauréats de la Fondation, sont les plus entreprenants.

Un mot pour les jeunes compositeurs ?
Souvent, on s’interdit beaucoup de choses quand on est un jeune compositeur. C’est après que l’on accepte volontiers de nouvelles influences. Boulez est passé par là : « Qui n’a pas compris la leçon de Webern ne mérite pas le nom de compositeur ! ». Alors on se plonge dans Webern, on se force un peu… mais heureusement, l’âge venant, on se rend compte qu’on peut être compositeur sans avoir assimilé sa leçon. Ce serait un peu effrayant qu’il n’y ait qu’une voie unique, et c’est loin d’être le cas !

Retrouvez l’article dans son intégralité sur Classicagenda

 
 

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